Un procédé qui permet de responsabiliser les entreprises quant à leur déchets: la digestion anaérobie!

La digestion anaérobie, ou méthanisation, est un processus de dégradation de la matière organique par des bactéries dans un milieu sans oxygène. Dans ces conditions, les micro-organismes transforment la matière organique en méthane.

2 articles pour illustrer les bienfaits de ce procéder: le cas du whisky en Ecosse et le cas du Tofu en Indonésie dont la production est trés polluante.

 

En Ecosse, le whisky sert à tout

Fabriquer de l’électricité avec du whisky ? Les amoureux de l’alcool ambré penseront certainement qu’il s’agit là de la pire idée qu’aient jamais eue les écologistes. C’est pourtant ce qu’on veut faire à Islay, l’île la plus méridionale des Hébrides, à l’ouest de l’Ecosse, où se fabriquent certains des whiskys écossais les plus réputés. La distillerie de Bruichladdich compte en effet installer des digesteurs anaérobies destinés à transformer les milliers de tonnes de déchets issus de la fabrication de whisky en méthane, puis brûler celui-ci pour produire de l’électricité. Et sept autres distilleries de l’île – Ardbeg, Laphroaig, Lagavulin, Bowmore, Caol Ila, Bunnahabhain et Kilchoman – envisagent d’utiliser des systèmes similaires. Si le principe fonctionne, les producteurs de whisky pourront générer une grande partie de l’électricité consommée dans l’île.

Cette innovation est motivée par plusieurs facteurs. D’une part, les producteurs de whisky se soucient de plus en plus de leur empreinte carbone, qui, selon les estimations, est l’une des plus importantes de l’industrie alimentaire. Aucune des principales entreprises ne veut donner de chiffres, mais le seul processus de distillation consomme une énorme quantité d’énergie. A cela s’ajoute le fait que la majeure partie du whisky est exportée dans des bouteilles lourdes et des emballages sophistiqués.

L’un des whiskys les plus écologiques de la planète

Sur Islay, il y a également l’impact environnemental des nombreuses tonnes de déchets qui sont déversées chaque semaine dans le détroit par un pipeline. Mark Reynier, le propriétaire de Bruichladdich, dont la distillerie produit 46 000 caisses de 12 bouteilles par an, paie une facture annuelle de 20 000 livres [22 700 euros] pour le seul transport de ses déchets en camion-citerne jusqu’au terminal du pipeline. La digestion anaérobie devrait permettre à la fois de supprimer cette dépense et de fournir 80 % de l’électricité consommée par la distillerie, dont la facture s’élève à 36 000 livres par an. A ces économies s’ajouteront les subventions accordées par le gouvernement pour la production d’énergie renouvelable. D’après Reynier, “les digesteurs représenteront environ 300 000 livres en dépenses d’équipement et il ne faudra donc que trois à cinq ans pour récupérer leur coût”. Il compte utiliser cette innovation pour présenter le Bruichladdich comme l’un des whiskys les plus écologiques de la planète.

Cette technique intéresse aussi les producteurs de whisky pour d’autres raisons. Le réseau d’alimentation en électricité d’Islay est obsolète : il consiste en un câble unique qui relie la petite île à la Grande-Bretagne. Du coup, les sautes de tension, amplifiées par les besoins importants des distilleries, peuvent nuire au fonctionnement des ordinateurs et autres équipements électroniques. Produire de l’électricité sur place permettrait de résoudre en partie ce problème.

C’est Biowayste, une société du Northamptonshire, qui va équiper Bruichladdich en digesteurs. “Il y a 5 000 petites entreprises alimentaires en Grande-Bretagne”, explique le PDG de Biowayste, Barry Howard. “Toutes génèrent des déchets et paient pour s’en débarrasser. Nous pouvons transformer ces déchets en électricité sur place et faire économiser ainsi de l’argent aux entreprises sur leur élimination et sur les factures d’électricité. Nous pouvons également utiliser le système pour générer de la chaleur.”

Une forte réduction de la pollution marine

Ces équipements s’avèrent lucratifs : pour chaque mégawatt/heure généré à partir d’une source d’énergie renouvelable, l’entreprise qui le fournit reçoit du gouvernement deux “certificats d’obligation pour les énergies renouvelables” [mesures d’incitation à la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables mises en place au Royaume-Uni en 2002], l’un pour la production d’électricité et l’autre pour l’utilisation de la chaleur générée. Ces certificats peuvent ensuite être revendus à d’autres entreprises qui ont besoin de compenser leur pollution.

Selon David Protherough, responsable de projet pour la société Re-JIG (Recycle-Jura/Islay Group), installer des digesteurs dans les distilleries permettrait de réduire la pollution marine et de diminuer la circulation des camions-citernes sur les routes de l’île : “Les producteurs sont emballés, déclare-t-il. Nous espérons maintenant que les distilleries fabriqueront tellement de biogaz qu’il y en aura assez pour alimenter également une partie des véhicules de l’île. Si nous ajoutons cette source d’énergie aux systèmes marémoteurs et aux hydroliennes déjà installés sur les côtes, Islay deviendra l’une des régions les plus vertes du Royaume-Uni.”

Source.

 

En Indonésie, on va (peut-être) carburer au tofu

Chaque jour, 300 000 mètres cubes de méthane sont libérés dans le ciel de la ville de Bandung, dans l’ouest de l’île de Java. Ces énormes volumes de gaz proviennent des résidus liquides de l’industrie du tofu et sont produits aussi bien par les petits que par les gros fabricants, qui jettent directement ces déchets dans les canalisations d’eau ou dans les rivières. Le méthane a un potentiel de réchauffement global [qui mesure l’influence d’un gaz sur le climat mondial] vingt fois plus élevé que le dioxyde de carbone et participe au changement climatique.

Neni Sintawardani, une chercheuse du centre de physique à l’Institut indonésien des sciences (Lipi), a démontré que chaque année les quelque 500 fabricants de tofu de Bandung utilisaient 2,4 millions de tonnes de soja. “En calculant grossièrement, on peut estimer que la ville de Bandung est inondée chaque année par 16,8 millions de mètres cubes de résidus liquides acides et extrêmement concentrés issus de la fabrication du tofu”, explique Neni.

C’est en s’appuyant sur des calculs en microbiologie qu’elle avance également le chiffre de 300 000 mètres cubes de méthane émis par jour lors de la fermentation du soja. Il faut ajouter à cela une petite quantité de vapeurs d’acide sulfurique qui peuvent irriter les voies respiratoires. Ce jeudi midi justement, une terrible odeur s’élève des caniveaux de Cibuntu (banlieue de Bandung) qui charrient les résidus de tofu. Cette puanteur contraste totalement avec l’image du tofu de Cibuntu, célèbre pour la douceur de sa texture et sa saveur délicieuse. Depuis 2010, avec l’aide des étudiants de l’institut polytechnique de Bandung et de l’université technologique de Nangyang, à Singapour, Neni étudie les résidus de tofu jetés dans les caniveaux de Cibuntu. Ses analyses révèlent un taux d’acidité très élevé, ainsi qu’une teneur en substances chimiques solubles et oxydables de 20 000 milligrammes par litre.

Selon Neni, ces déchets pourraient êtres recyclés en biogaz, qui serait alors redistribué dans les locaux des fabricants de tofu afin d’alimenter la cuisinière ou les réchauds pour la cuisson du soja. “Nous possédons déjà la technologie nécessaire à ce processus de recyclage, nous l’avons mise au point en laboratoire, explique-t-elle. Mais son implantation sur le terrain est difficile, parce que les fabricants de tofu sont méfiants et que son coût de production est élevé.”

Anton Sunar Wibowo, le chef du bureau de la planification et des infrastructures de la communauté urbaine de Bandung, accueille avec enthousiasme cette idée de production de biogaz et va la mettre à l’ordre du jour lors d’une prochaine réunion de travail. Selon lui, la construction d’un réacteur de biogaz pour recycler les résidus liquides de tofu pourrait être inscrite au programme national de l’aide aux communautés. “Nous en sommes encore à la phase d’approche des fabricants de tofu et de leur famille pour qu’ils acceptent cette idée, précise Anton. Le plus important, c’est déjà qu’ils changent leur mode de fonctionnement et cessent de jeter les déchets dans les canalisations d’eau.”

 Source.

 

 

 

 

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