La solution au chômage des jeunes. Drôle et… pas faux!

Et si je laissais ma place à un jeune ?

La seule manière de résoudre le problème du chômage des 20-30 ans, c’est de se débarrasser des plus de 50 ans, affirme, un brin provocatrice, une journaliste quinquagénaire.

16.02.2012 | Lucy Kellaway | Financial Times

Royaume-Uni – The Independent

Il y a quelques semaines, alors que je perdais mon temps sur le site lugubre du Forum économique mondial de Davos, je suis tombée sur des statistiques déplaisantes. Ces dix prochaines années, il y a aura 1,2 milliard de jeunes sur le marché du travail et ils n’auront que 300 millions de postes à se partager. A côté de ces chiffres brutaux figurait une invitation à rédiger une contribution sur les moyens de résoudre le problème. Dans un élan d’enthousiasme, j’ai aiguisé ma plume, convaincue d’avoir la bonne réponse à la question du chômage des jeunes. Las ! En y regardant d’un peu plus près, je me suis aperçue que le concours s’adressait uniquement à la “communauté mondiale des jeunes façonneurs” [Young Global Shapers Community], composée à ce que j’ai compris de “personnes exceptionnelles” âgées de 20 à 40 ans.

Aussi exceptionnels que soient ces individus, je suis sûre que leurs contributions ne vaudront pas grand-chose. Les jeunes façonneurs doivent plancher sur le sujet suivant : “Que pouvons-nous, la communauté mondiale et moi-même, faire pour créer des emplois pour ma génération ?” Mais aucun d’entre eux ne peut faire grand-chose – parce que nous, les vieux façonneurs, sommes en travers du chemin.

Alors j’ai décidé de participer quand même à la compétition. Mon texte est très bref, ce qui, je l’espère, sera un soulagement pour les juges. Il se résume à un mot : démission.

Cette vérité inéluctable, dérangeante, s’est imposée à moi avec force au fil des mois, à force de rencontrer des “vingtenaires” et trentenaires  brillants en quête d’un emploi de journaliste, du mien en particulier. Je me débarrasse d’eux en leur débitant des platitudes sur le marché difficile de la presse, mais ils ne sont pas dupes. La vraie raison pour laquelle ils ne peuvent pas faire mon travail c’est que c’est moi qui le fais.

Il en est de même dans presque toutes les professions. Les jeunes ne peuvent pas progresser parce que partout c’est ma génération autosatisfaite qui est en place. La seule façon de résoudre le problème serait de flanquer dehors toutes les personnes d’un certain âge, disons au-dessus de 50 ans.

Avant d’aller plus loin, je voudrais que les choses soient claires. Ceci n’est pas une lettre de démission. J’ai bien l’intention de continuer à profiter de ma vie. Mais je ne peux pas m’empêcher de pointer du doigt l’évidence, même si cela dessert mes intérêts. Désengorger le marché du travail par la force contribuerait à résoudre la question de l’emploi des jeunes, mais beaucoup d’autres problèmes aussi.

Il s’agit en gros de savoir s’il vaut mieux être démoralisé et sous-employé pendant dix ans au début ou à la fin de sa carrière. La réponse est facile : il est évidemment préférable d’être plus actif au début. Contraindre des gens à l’oisiveté alors qu’ils débordent d’énergie et sont au maximum de leurs capacités mentales est un gâchis scandaleux.

Et puis, ma génération est gâtée depuis trop longtemps. Nous avons acheté nos logements quand ils étaient tout juste encore abordables. Nous avons bénéficié d’un enseignement gratuit et notre retraite est assurée. Tout cela est formidable et j’en ai bien profité. Le moment est venu de payer.

Ce qu’il y a de beau avec les jeunes, c’est qu’ils ne coûtent pas cher. Remplacer les vieux par des jeunes, cela ferait baisser les salaires et, permettrait de régler par la même occasion le problème de la rémunération des dirigeants. Quasiment tous ceux qui gagnent des sommes ridiculement élevées ont plus de 50 ans. Si on s’en débarrassait, la rémunération des directeurs généraux s’effondrerait.

J’ai soumis cette idée à plusieurs de mes contemporains et tous répondent que c’est de la foutaise. Ils marmonnent quelque chose sur le “mythe du partage du travail”, avec une lueur de panique dans les yeux. Puis ils ajoutent : pensez à ce qu’on perdrait en expérience. Ce à quoi je réplique qu’on surestime parfois l’expérience. De toute façon, je ne préconise pas de confier des postes importants à des enfants, mais à des quadragénaires, qui ont quinze à vingt ans de métier.

Mais, protestent mes interlocuteurs, si quelqu’un atteint le sommet, c’est qu’il est bon et c’est ridicule de se débarrasser de bons professionnels. C’est vrai jusqu’à un certain point, mais il y a à coup sûr de bons professionnels aussi parmi les gens plus jeunes. En tout cas, je pourrais faire des exceptions à la règle pour permettre à certaines gloires vieillissantes – elles sont très très peu nombreuses – de rester en poste.

Quant au reste d’entre nous, nous les quinqua et sexagénaires sans emploi, que ferions-nous ? Nous pourrions vendre notre expérience comme consultants. Nous pourrions changer d’activité et prendre un nouveau départ. Nous pourrions créer notre entreprise, et en cela notre expérience s’avérerait certainement précieuse. Nous pourrions vivre de la plus-value réalisée sur notre maison. Ou nous pourrions retourner à l’université. J’ai toujours trouvé que c’était du gâchis que des jeunes fassent des études inutiles d’anglais et d’histoire alors que les quinquagénaires en tireraient bien davantage profit.

Non, décidément, je ne peux pas dire que l’idée m’enchante. Je dis simplement que j’y crois. Et je vais la soumettre au jury du concours. Je vois que le lauréat gagnera 10 000 euros. J’espère ne pas gagner – mais si c’est le cas, j’aurais besoin de cet argent.

Source.

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