Laissez les banques faire faillite!

Les articles intelligents sont trop rares donc je voulais partager celui-ci. J’en précise pour rajouter qu’on taxe allègrement le Royaume-Uni de pénaliser l’UE en faisant cavalier seul sur la politique fiscale européenne. Néanmoins, ces dernières semaines, le Royaume-Uni s’est montré capable d’adopter une législation fiscale, sinon plus stricte que celle de l’UE, en tout cas plus en accord avec les idées mentionnées dans l’article ci-dessous. Des idées bien justes à mon goût…

Publié le 18/12/2011

Une interview de Vincent Bénard accordée à Atlantico, dans laquelle l’auteur explique pourquoi il aurait (et il faut aujourd’hui) laisser les banques faire faillite.

Vincent Bénard est analyste à l’Institut Turgot (Paris) et, depuis mars 2008, directeur de l’Institut Hayek (Bruxelles). C’est un spécialiste du logement et un observateur attentif de la crise financière de 2007-2008. Il a par ailleurs consacré de nombreux textes à la problématique du changement climatique.

Atlantico : Un peu partout en Europe, les banques sont mises à l’index et désignées comme les grandes responsables de la crise de la dette. Y-a-t-il réellement quelque chose à leur reprocher ?

Vincent Bénard : On ne peut pas désigner les banques comme uniques responsables. Si les États ont autant emprunté, ce n’est pas parce que les banques leur avaient mis un revolver sur la tempe !

Toutefois, les banques, comme les compagnies d’assurance et un certain nombre d’institutions financières, ont mal jugé le crédit qu’elles pouvaient accorder aux États. Elles l’ont surestimé en ne faisant pas attention au fait que les États franchissaient la ligne jaune. Elles ont par conséquent truffé leurs bilans d’obligations d’État qui aujourd’hui menacent de perdre beaucoup de valeur. Les banques sont donc responsables en tant que mauvais prêteurs, puisqu’elles ont mal estimé leurs risques. Elles ont cependant été bien aidées par les États qui ont mis en œuvre des règlementations qui les incitaient très fortement à se garnir d’obligations d’État, via les réglementations Bâle I, II et III.

C’est la poule et l’œuf : les États promeuvent des règlementations approuvées à l’époque par les grandes banques qui y voient des avantages, mais qui les obligent à prendre beaucoup d’obligations souveraines en portefeuille car c’est le seul moyen de ne pas trop augmenter leur niveau de fonds propres règlementaire. Le législateur avait en effet décidé que pour limiter les risques pris par les banques, il fallait que celles-ci disposent d’un niveau minimal de fonds propres. Or si les banques disposaient de tels types d’actifs, elles pouvaient disposer de fonds propres minimaux, alors que si elles avaient des actifs plus risqués, il fallait majorer les fonds propres minimaux d’un certain coefficient. Or les obligations d’État notées AAA étaient les plus sûres possible. C’est pourquoi les banques en ont achetées beaucoup ; tout comme elles ont beaucoup acheté de subprimes aux États-Unis. Il s’agit donc une crise de connivence entre l’État et les banques, les banques trouvant dans les États un allié précieux, et les États trouvant dans les banques des alliés essentiels pour financer par le prêt tout le déficit qu’ils n’osent pas combattre.

Est-ce pour cela que les États sont venus en aide aux banques ? N’aurait-il pas fallu plutôt les laisser tomber en faillite ?

Quand les banques ont été au bord de la faillite, les États sont venus à leur secours, alors que déjà à l’époque, il aurait fallu, selon moi, les laisser tomber. Nous étions alors 2008, avec les grandes faillites bancaires comme AIG ou Lehmann Brothers.

À l’époque, on a d’ailleurs découvert que le sauvetage d’AIG par la Fed avait permis de sauver également quelques grandes banques européennes telles que Deutsche Bank ou la Société Générale.

Un entrepreneur, quand il fait de mauvaises affaires, est mis en faillite puisqu’il est responsable. Les actionnaires perdent alors leur mise et les créanciers se partagent la dépouille et perdent parfois eux-aussi beaucoup d’argent. C’est une règle normale : les gens qui font des erreurs doivent les payer. Le problème c’est que les États ont une peur panique de la faillite des banques car aujourd’hui il n’existe pas dans la plupart des pays du monde un processus de faillite bancaire digne de ce nom.

Revenons sur les deux métiers principaux des banques :

  • Elles assurent votre liquidité personnelle (comptes en banque, cartes bleues, chéquiers, billets de banques, etc)
  • Elles assurent le financement de l’économie (particuliers ou entreprises)

Le problème c’est que ces deux activités sont tellement imbriquées que si les banques font faillite sur le volet financement de l’économie – ce qui est en train de se produire – nos comptes en banque seront impactés. Évidemment, aucun État n’a envie de voir une telle source de chaos se produire.

On pourrait envisager des façons de séparer ces deux activités, mais aujourd’hui elles ne le sont pas et il faut faire avec. Pas le temps de faire de la philosophie ! Par conséquent, si demain une banque fait faillite, il faut protéger les déposants. Concrètement, les premières pertes doivent être prises par les actionnaires, si les pertes excèdent le montant des fonds propres, les pertes suivantes doivent être prises par les créanciers. Et à ce moment là, la meilleure des solutions reste de forcer une conversion des dettes en capital, en commençant par les dettes à long terme puis, si ça ne suffit pas, par les dettes à court terme. Évidemment si les créanciers risquent la faillite à cause de cela, on leur applique le même régime. Précisons que pour que le petit épargnant soit impacté par une banqueroute d’une banque, il faudrait tout de même que la faillite soit extraordinairement élevée !

Les États doivent prendre leur responsabilité pour qu’en cas de faillite ce soient les actionnaires et les créanciers obligataires qui « boivent le bouillon ». Malheureusement, ceux-ci appartiennent au monde financier et ne sont pas d’accord : eux préfèrent que les États fassent payer… les contribuables !

Mais certains pays n’ont pas agi ainsi : en 2000, en Serbie, une banque qui se croyait « too big to fail » a fait faillite. Qu’a fait le gouverneur de la Banque centrale ? Il a fermé la banque au nouvel an en indiquant que la Banque centrale prenait le relais pour les opérations courantes, en donnant six mois aux clients pour indiquer dans quelles banques saines ils souhaitaient transférer leurs avoirs. Puis la Banque centrale a transféré à la banque saine en question les avoirs, ainsi que les actifs de la banque qui avaient fait faillite, en prenant en compte la valeur de dépréciation.

Le problème c’est qu’en général les États sont tellement dépendants des banques pour financer leurs déficits qu’ils n’osent pas aller à l’encontre du secteur financier. Le milieu bancaire a les compétences nécessaires pour faire du lobbying efficace auprès des hommes d’État, sans compter qu’on ne sait pas exactement de quoi sont faites toutes ces années de relations incestueuses entre les banques et les politiques, ce qu’ils savent les uns sur les autres, les services qu’ils se sont rendus…

Aujourd’hui, c’est trop tard pour agir ?

Il n’y a pas de faillite sans douleur. Aujourd’hui, il est beaucoup trop tard pour qu’une banque fasse faillite sans douleur. Mais on peut la minimiser. En Islande, ils ont dit « nos banques vont faire faillite, et on verra si on peut rembourser les créanciers ». Suite à un référendum, le Président islandais a indiqué qu’il n’était pas question que ce soit les contribuables qui renflouent les caisses. Résultat : le liquidateur a bien travaillé et a réussi à rembourser les déposants. Mais les Islandais ont des petites banques. Ailleurs, ce pourrait être beaucoup plus difficile…

(Propos recueillis par Aymeric Goetschy)

Source:contrepoints

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